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Paracha de la Semaine :

Paracha de la Semaine :

Chemot — Les Noms

Ils étaient entrés en Égypte comme une famille.
Ils y vivaient désormais comme un peuple.

La Torah ouvre le livre par une énumération de noms :
Ruben, Siméon, Lévi, Juda…
Comme si, au moment même où l’histoire va basculer dans l’esclavage, Dieu voulait rappeler ceci :
avant d’être une foule, avant d’être une force de travail, avant d’être un problème politique,
ils sont des personnes.

Rachi dit que Dieu les recompte par amour.
Même dans l’exil, chacun garde un nom.
Car l’exil commence toujours quand l’homme cesse d’être appelé par ce qu’il est.

Le peuple se multiplie. La bénédiction d’Abraham se déploie.
Et ce qui était promesse devient peur.
Un nouveau roi se lève, « qui ne connaît pas Joseph ».
Non pas qu’il ignore l’histoire : il choisit de l’effacer.

Alors le discours change.
Le peuple devient menace.
La différence devient danger.
La bénédiction devient soupçon.

On n’enchaîne pas d’abord les corps.
On commence par transformer le regard.

On impose des corvées, des charges, des villes-entrepôts.
Les Hébreux deviennent utiles, exploitables, remplaçables.
Mais plus on les opprime, plus ils se multiplient.
Comme si la vie refusait de se laisser écraser.

Alors la violence change de nature.
Pharaon ordonne aux sages-femmes :
« Faites mourir les garçons. »

Ce n’est plus seulement de l’exploitation.
C’est une guerre contre l’avenir.

Mais deux femmes refusent.
Chifra et Poua.
Elles ne manifestent pas, ne défient pas le pouvoir en public.
Elles désobéissent dans le secret, dans la salle d’accouchement, dans l’instant fragile où une vie apparaît.

La Torah dit : « Elles craignirent Dieu. »
Et parce qu’elles craignirent Dieu, elles ne craignirent pas Pharaon.

La délivrance d’Israël commence là.
Non par des prodiges,
mais par des femmes qui refusent de coopérer avec l’injustice.

Un enfant naît.
Sa mère le cache.
Quand elle ne peut plus, elle le confie au fleuve, dans une corbeille fragile, entre la vie et la mort.

La fille de Pharaon descend se baigner.
Elle voit le panier.
Elle entend les pleurs.
Elle sait qu’il est hébreu.

Et pourtant elle le prend.

Les sages disent qu’elle voit avec lui la Présence divine.
Elle ne sauve pas un symbole.
Elle sauve un enfant.

Elle l’appelle Moché — « tiré des eaux ».

Ainsi, le futur libérateur d’Israël grandit dans la maison même de Pharaon.
La rédemption prend racine au cœur du système qui opprime.

Moché devient un homme.
Il sort voir ses frères.
Il voit la souffrance.

La Torah ne dit pas seulement qu’il regarde.
Elle dit qu’il voit.
Il ne détourne pas les yeux.

Il voit un Égyptien frapper un Hébreu.
Il intervient.
Il ne supporte pas l’injustice, même quand elle est dangereuse, même quand elle le met en péril.

Il fuit.
Il arrive à Midian.
Et là encore, il voit l’injustice : des bergers qui chassent des femmes du puits.
Il se lève.
Il défend.
Il agit.

Avant d’être prophète, Moché est un homme qui ne s’habitue pas au mal.

Un jour, dans le désert, il voit un buisson en feu.
Il brûle, mais ne se consume pas.

Dieu l’appelle.

Les sages disent :
ce buisson est l’image d’Israël en exil — brûlé par la souffrance, mais non détruit.
Dieu ne se révèle pas dans un palais.
Il se révèle dans les épines.

Dieu dit :
« J’ai vu la souffrance de Mon peuple. J’ai entendu son cri. Je suis descendu pour le délivrer. »

Le Dieu d’Israël n’est pas un Dieu lointain.
Il est le Dieu qui voit, qui entend, qui descend dans la douleur du monde.

Et pourtant, Moché recule.
« Qui suis-je pour aller vers Pharaon ? »
« Je ne suis pas un homme de parole. »

Dieu ne lui répond pas en le flattant.
Il ne lui promet pas qu’il deviendra éloquent.
Il lui dit :
« Je serai avec toi. »

La mission ne repose pas sur le talent.
Elle repose sur la Présence.

Moché demande :
« Quel est Ton Nom ? »

Dieu répond :
« Ehyeh Asher Ehyeh — Je serai qui Je serai. »

Non pas un concept figé.
Mais une promesse de présence :
Je serai avec vous dans ce que vous traverserez.

Moché et Aaron vont vers Pharaon.
Ils parlent de liberté.
Ils demandent un espace pour servir Dieu.

Et tout empire.

Le travail est alourdi.
La paille est retirée.
Le peuple se décourage.
On accuse Moché.

Alors Moché crie vers Dieu :
« Pourquoi as-Tu fait du mal à ce peuple ? »

La Torah n’efface pas cette question.
Elle l’inscrit au cœur de la révélation.

Dieu répond :
« Maintenant tu verras ce que Je ferai à Pharaon. »

La délivrance ne commence pas dans la lumière.
Elle commence dans la nuit.

Mais désormais, quelque chose est irréversible :
le cri est monté,
la parole a été dite,
et Dieu est entré dans l’histoire.


Message de Chemot

Chemot nous enseigne que :

  • l’exil commence quand l’homme perd son nom,
  • la tyrannie naît de la peur,
  • la délivrance commence par des actes justes et silencieux,
  • Dieu se révèle dans la souffrance,
  • et le libérateur n’est pas un héros parfait, mais un homme qui voit et qui ne se tait pas.

La rédemption n’éclate pas comme un tonnerre.
Elle germe dans la fidélité cachée,
dans le refus de s’habituer à l’injustice,
et dans la présence de Dieu au cœur de la brûlure du monde.